Un lieu pour le jeong
Sur le jeong (情) · 2026
En Corée, il existe un sentiment que l'on appelle jeong (情). C'est le lien tendre qui se tisse lentement entre les personnes, et entre les personnes et leurs objets : plus on garde quelque chose près de soi, plus on partage du temps avec lui.
Une fois installé, le jeong ne se rompt pas facilement.
Je voudrais créer les conditions pour que le jeong puisse naître entre une personne et un objet.
Le contact, et le bord qui pourrait céder
Sur ce qui se fend · 2026
Une bille de bois se fend d'elle-même. Personne n'en décide. Elle sèche, elle s'ouvre, et lorsqu'elle me parvient l'ouverture est déjà ancienne.
Sur ce temps-là je taille des plans, en gradins comme un escalier, et je les remplis de laque jusqu'à ce qu'ils deviennent noirs. Le noir, c'est la part que j'ai faite. Le reste s'est fait sans moi.
Entre les deux court une fine ligne grise. C'est sur cette ligne que je travaille vraiment.
Je la garde aussi fine que je le peux — assez fine pour qu'elle paraisse sur le point de céder. Si elle était confortablement large, on pourrait y poser la main et l'affaire serait entendue. Gardée mince, la main vient, puis s'arrête. Ce qui se fabrique là n'est pas une rencontre, mais l'instant qui la précède.
La pièce tient donc deux temps qui vont en sens contraire. Le bois s'est déjà ouvert. Le bord, lui, n'a pas encore cédé. Devant elle, on regarde quelque chose qui est en chemin, non quelque chose d'achevé.
Là où l'ouverture traverse la ligne, la ligne disparaît sur une certaine longueur. Je n'ai pas décidé si je laissais ces endroits ou si je les réparais. Un bord entier sur tout son pourtour se lit comme un savoir-faire. Un bord déjà perdu en un point se lit comme un événement. Ce n'est pas la même chose, et je choisis encore.
Les graines du temps
Sur les graines du temps · 2026
Un morceau de bois qui semble n'être bon à rien. Quelque chose pourrait-il malgré tout y recommencer ?
Ce que je fais, je le vois comme des graines du temps. L'une quitte mes mains, parvient à quelqu'un, et s'épanouit lentement au fil de ses jours. Et de loin, j'encourage cet itinéraire.
L'utile et l'inutile, la pierre d'achoppement et la pierre de gué, le quotidien et l'éternité — il y a une joie à passer de l'un à l'autre. Quelque part sur la frontière du quotidien et de l'art, je continue de marcher, pas à pas.
Je sculpte et façonne le bois depuis 2016. Chaque marque, chaque changement de couleur sur une graine qui a quitté mes mains est le temps qu'elle a passé avec vous. Que la beauté habite chacun des jours où ces graines du temps s'épanouissent.